Nous avons navigué autour de la Corse à bord de notre voilier, du 14 Juillet 2021 jusqu’au 1er Octobre 2021. Ça a été pour nous une expérience inoubliable : riche d’apprentissages et de découvertes. La Corse est pleine de surprises : les villages pittoresques, les paysages sauvages, les eaux cristallines… Il n’y a pas de quoi s’ennuyer et il y en a pour tous les goûts. Dans cet article, on vous partage notre retour d’expérience et nos conseils.
Planification du voyage
En été, la Corse est une destination idéale pour naviguer en voilier le long des côtes mais bien préparer sa croisière est tout de même essentiel pour bien profiter une fois sur place.
Notre itinéraire
Nous avons traversé vers la Corse le 21 Juillet, du Port de Golfe Juan jusqu’à l’île Rousse.
Nous avions tout notre temps et notre itinéraire s’est donc dessiné au fur et à mesure du voyage. Mais si votre temps est compté, cet article vous aidera sûrement à organiser vos navigations estivales.
Arrivée à l’île Rousse, nous sommes remontés un peu au nord pour découvrir le désert des Agriates, puis nous avons descendu la côte ouest. Après avoir passé les bouches de Bonifacio, nous avons longé la côté est de la Corse jusqu’à Macinaggio (presque à la pointe du Cap Corse). On en a profité pour faire escale sur les îles italiennes voisines : l’île d’Elbe et Capraia Isola à 20 NM de l’île d’Elbe.
Les avantages d’être en voilier en Corse l’été
- La météo favorable : en été, la Corse offre des conditions de navigation idéales avec des températures chaudes, un ensoleillement maximal et peu de risques de tempêtes. Les vents chauds de l’été en Corse sont très appréciés en voilier.
- La couleur et la température de l’eau : les eaux autour de la Corse sont connues pour leur clarté et leur beauté, une bonne raison d’aller découvrir l’île de beauté à bord de son voilier.
- L’ambiance : il y a du monde au mouillage, on peut faire des rencontres. Après avoir navigué 3 mois le long de la côte d’Azur, entre Mars et Juin, ça fait plaisir de faire des rencontres, de voir de la vie et des bateaux qui naviguent.
Les inconvénients d’être en voilier en Corse l’été
- La météo capricieuse : si elle connue pour être plus cool en été, on reste en méditerranée et il y a toujours des petites surprises, des rafales qui trainent ou des violents orages qui peuvent se former. Donc en voilier, il faut rester vigilant. De notre côté, on regarde la météo sur l’application Windy, et depuis que l’on a découvert le modèle Arome, on appréhende moins les navigations en méditerranée.
- Les touristes : en pleine saison, il y a du monde, autant à terre qu’en mer. Apparemment, il y a de plus en plus de bateaux sur l’eau, au fil des années. Nous avons ressenti ça surtout à Ajaccio, et heureusement que l’on s’y était pris tôt pour réserver le port. Sinon, en cas de coup de vent, mieux vaut bien anticiper car les mouillages bien abrités se font rares sur la côte Ouest et encore plus sur la côte Est.
- Les prix : la différence de prix des ports entre la haute et la basse saison peut passer du simple au double. Nous avons attendu le 1er Septembre pour aller au port de Bonifacio, car en pleine saison le prix était de plus de 50euros la nuit, pour notre petit voilier de 9 mètres (contre 20 euros à partir de Septembre).
Notre retour d’expérience
Le désert de Agriates

Le désert des Agriates est une région désertique située sur la côte nord-ouest de la Corse, entre Saint-Florent et l’Île-Rousse. C’est un endroit sauvage et magnifique, avec des maquis à perte de vue, des dunes de sable et des criques de rêve. C’est un vrai petit coin de paradis !
Nous avons ancré à la plage de Ghignu. C’est un mouillage facile sur du sable. Et il y a moins de monde dans cette partie de la Corse, car c’est très excentré et vaste, et certaines plages ne sont accessibles qu’en bateau.
De l’île Rousse à Girolata
Il y a environ 35 NM entre l’île Rousse et le golfe de Girolata. On navigue tranquillement entre voiles et moteurs, le vent n’est pas toujours au rendez-vous. On ne s’attarde pas, météo oblige, un coup de vent probable va arriver dans les prochains jours. Après un bref arrêt à Calvi et on repart. Un peu déçu de ne pas visiter cette charmante ville portuaire, connu pour sa citadelle et ses plages. C’est le jeu de la vie en bateau ! Juste avant d’arriver dans le golfe de Girolata, on longe la Réserve de Scandola, qui est une réserve naturelle écologique. Cette réserve offre des paysages à couper le souffle, avec ses falaises de granit rouge, ses grottes marines et sa faune et sa flore préservées.
Nous avions anticipé le coup de vent et réservé notre place au port de Girolata, qui est en fait un mouillage organisé. Il faut s’amarrer sur deux bouées, une à l’avant et une à l’arrière (les amarres doublées à la demande du port). Nous avions mouillé la veille dans la baie d’à côté, nous arrivons donc à Girolata dés le matin car le vent s’est levé plus tôt que prévu. Le port est vide mais se rempli rapidement au fil de la journée. C’est un des meilleurs abris, en cas de coup d’Ouest, entre l’île rousse et Ajaccio, mais il n’y a pas de place pour tous le monde.

Au port de Girolata, on a été super bien accueilli et il y a des vaches sur la plage en guise de gardiennes. Il y a quelques bars et restaurants et une petite épicerie très pratique. Il y a aussi des départs de randonnées, comme le sentier du facteur, qui permet de monter dans les hauteurs et d’avoir la vue sur toute la baie. On a adoré cette petite escale forcée.
De Girolata à Ajaccio

Après 3 nuits au port de Girolata, le coup de vent est passé, on poursuit donc notre route vers le Sud. On commence par une petite navigation de 10 NM, jusqu’à la Cala di Palu. On part au près avec 10 à 15 nœuds de vent, puis on allume le moteur pour finir la navigation. La Cala di Palu se trouve au niveau des calanques de Piana, si vous êtes plus téméraires que nous, longez les falaises et laissez-vous impressionner par les différentes couleurs orangés. Nous avons eu l’occasion de visiter les Calanques de Piana par la route sinueuse qui les traverse et ça vaut le détour aussi. Les formations rocheuses sont impressionnantes et les couleurs également.
Une belle navigation
Nous avons poursuivi par une navigation de 30 NM jusqu’à Ajaccio. Cette fois-ci, pas de problème de pétole. Le vent est bien là, même un peu trop. Vent arrière à 20 nœuds, on enroule le génois au fil de la navigation mais c’est cool, le bateau avance bien. On est content d’avoir le régulateur d’allure car la houle nous ballote bien. On se fait dépasser par des gros voilier de 15 à 20 mètres de long. Eux, n’ont pas l’air de sentir les vagues.
Arrivée dans la baie d’Ajaccio, on pense être tranquille. Mais finalement, il y a un fort effet venturi à l’entrée. On se fait surprendre par des rafales assez fortes. Notre génois est enroulé au max et nous n’avons pas la grand voile, pourtant le bateau file encore à 5 nœuds. Puis, arrivée au niveau de la citadelle, nous sommes enfin protégés du vent. On décide d’ailleurs de mettre l’ancre ici et on n’est pas déçu, il y a beaucoup moins de monde qu’ailleurs et l’ancre accroche bien. Rien-à-dire !

Les mouillages dans la baie d’Ajaccio
Il y a beaucoup de mouillages dans la baie d’Ajaccio, mais aussi beaucoup de voiliers : l’été en Corse, on n’est jamais tranquilles. On était dans la baie d’Ajaccio en aout et c’était cool, on vous partage nos bons plans :
- Le mouillage tout au fond de la baie, devant le port : il est possible de jeter l’ancre à côté des bouées. Il est bien abrité, et surtout en pleine ville, ce qui peut être avantageux pour avitailler. Mais il y a beaucoup de monde. On a du slalomer entre les bateaux, et on est contents d’avoir croisé Damien, qui nous a autorisé à mettre l’ancre juste à côté de lui. Je ne pense pas que l’on aurait osé sinon. C’est un fond sableux qui accroche bien, par contre l’eau est trouble et il y a des carcasses de voiture et d’autres choses bizarres qui trainent au fond, donc gare à votre ancre.

- Le mouillage vers l’anse de Stagnola, à l’est des bouées : il y a une belle zone de sable pour jeter l’ancre, par contre, nous avons découvert un rocher, non cartographié, à moins d’1.5m de fond, en plongeant. C’est flippant. Ce qui vaut le coup, c’est que dans cette zone, il y a une épave à explorer : l’épave du Mario, qui se trouve à environ 10 mètres de profondeur mais qui est aussi visible depuis la surface.
- Le mouillage des îles sanguinaires : c’est paradisiaque. Nous avons mêmes vu des dauphins passer pendant que nous déjeunions.
Notre famille nous a rejoint à Ajaccio, nous avons donc passé une semaine au Port Tino Rossi et nous en avons profité pour visiter les terres.
De Ajaccio à Bonifacio
Le 22 août, c’est l’heure de reprendre la mer, cette fois-ci avec l’ami Vincent. Comme pour l’arrivée dans cette baie, nous nous faisons surprendre par le vent qui devient fou. 20 à 25 nœuds de rafales au près, avec un vent constant pas bien établi. Puis après quelques bords, on sort de la baie d’Ajaccio et c’est la pétole.
Nous allons au mouillage de Porto Polo. Une grande plage de sable, il y a beaucoup de place et le mouillage est vraiment facile. C’est super bien protégé en cas de coup d’ouest et confortable. De plus, il est possible de rejoindre le village de Porto Polo à pied, et il y a un supermarché et des commerces divers.
Les dauphins
On fait des petites navigations jusqu’à Campomoro : mouillage incontournable cette année là, car les dauphins viennent tous les jours. Il est même possible de nager avec eux. Incroyable. Les rumeurs disent qu’il y avait un trou dans les casiers de pêche et donc que les dauphins venaient se nourrir. Nous avons pu les observer depuis notre annexe, c’était incroyable !
Les calas entre Propriano et Bonifacio
De la baie de Propriano jusqu’à Bonifacio, c’est plus sauvage. Il y a beaucoup de mouillage possible dans des baies étriquées mais pas de bons abris en cas de coup de vent. On nous avait conseillé, la Cala de Conca et la cala Longa, qui ont l’air magnifiques, mais on n’a pas osé s’y aventurer, pas assez large pour nous. On s’est arrêté pour quelques nuits à l’Anse d’Arbitru, qui est vraiment splendide, mais il y a de la place pour 4 bateaux maximum. Puis nous avons jeté l’ancre à la Cala di Stagnolu qui est superbe aussi et qui offre des petites balades sympathiques.

Un sérieux problème de moteur
Au moment de lever l’ancre, le moteur ne démarre pas. Vite, on remet l’ancre au fond et on se penche sur cette panne. Notre moteur est un peu capricieux depuis quelques mois, il met du temps à démarrer, mais cette fois-ci, plus rien. On avait prévu le coup et on a un démarreur de secours dans le bateau. Quelle chance ! On met quelques coups de marteau pour que le moteur démarre, et on se rend au port de Bonifacio pour réparer tout ça. Avoir de quoi réparer à bord permet de gagner un temps précieux de vacances en cas d’avarie.
Bonifacio est une ville pittoresque connue pour sa citadelle médiévale et ses maisons colorées construites à même la falaise. Le port se trouve au milieu de ces falaises, c’est surprenant d’y arriver en bateau et ça vaut le détour.
La côte est de la Corse
C’est la fin de l’été, mais on continue avec notre petit voilier, sur la côte est de la Corse.
Le sud de la Corse
Le sud de la Corse est incroyable. C’est mon coup de cœur. Le paysage change, l’eau est encore plus claire et translucide, c’est le rêve. Bondé en plein été, nous y sommes allé en Septembre, et nous avons réussi à trouvé une petite place sans soucis. Il y a un beau terrain de jeu pour les voiliers, entre l’ilôt Piana et les îles Lavezzi, ou même la Sardaigne. Les paysages sont merveilleux et on peut faire de courtes navigations à la journée. Par contre, il vaut mieux naviguer prudemment et avec une carte, car nous n’étions pas très rassuré en voyant tous ces rochers.

Nous nous sommes ensuite arrêté à Porto Vecchio, une petite ville culturelle et riche d’histoires. Il y a une grande baie, par contre c’est de la vase au fond. L’ancre a une bonne tenue mais avec ces limites. Lorsque nous avons mouillé ici, il y avait trois voiliers échoués sur la plage… ça fait réfléchir. Apparemment, les orages ne laissent aucune chance aux voilier ancrés dans cette baie. Puis nous sommes allés au Golfe de Pinarellu, la dernière baie en remontant la côte est. Très jolie baie avec une belle plage de sable fin et quelques restaurants.
La navigation le long de la côte est
Après ces quelques baies, fini les abris. Plus de baie ou de crique, seulement une grande plage qui remonte presque jusqu’à Bastia.
Nous avons navigué sur deux jours jusqu’au Port de Taverna, environ 40 NM. Nous avons eu de la chance, nous avons réussi à avoir une petite brise, suffisante pour nous faire avancer et une mer plate. L’avantage de cette côte de sable, ce que l’on peut jeter l’ancre partout, pas besoin de faire de détour. Par contre, mieux vaut qu’il n’y ait pas de houle.
Les îles italiennes
Si vous passez vos vacances d’été en voilier sur la côte est de la Corse, n’hésitez pas à aller faire un tour sur les îles italiennes voisines. Ca vaut le détour et c’est très dépaysant. Nous avons navigué jusqu’à l’île d’Elbe, depuis le port de Taverna, sur une journée (environ 40 NM). Après une belle navigation ensoleillé, nous mettons l’ancre dans la baie de Marina di Campo. Les jours suivant le vent se lève, on va donc s’amarrer au port de pêcheur de la baie et, à notre grande surprise, c’est gratuit pour 3 nuits !
L’île fait 15 NM de longueur et 5 NM de largeur, ce qui est pratique pour s’abriter du vent et de la houle. On n’est pas resté très longtemps mais on a apprécié notre expérience. On a adoré le mouillage dans le Golfo di Viticcio : une grande étendue de sable avec entre 3 et 5 mètres de fond, une eau chaude et transparente, un ponton pour poser l’annexe et des randonnées juste à côté. Le top !
Nous finissons notre périple avec une navigation de 25 NM, un peu houleuse pour rejoindre Isola Capraia, l’entrée au port se fait entre deux falaises, pas très rassurant quand le vent est fort. Hormis cela, Capraia Isola est une petite île très authentique avec un village médiévale et des sentiers de randonnées très sauvages au travers des vignes plantés sur la colline.
Puis nous avons rejoint le Cap Corse, plus précisément Macinaggio (20 NM).

La traversée retour
Et enfin, le 1er Octobre nous traversons de Macinaggio jusqu’à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Une navigation de 25h, 115 NM, par vent d’Est bien établi, force 3 à 4 avec une petite houle de travers de moins d’un mètre. Nous sommes content d’avoir eu cette fenêtre car le mois d’Octobre annonce le début des orages et des vents forts de l’hiver. C’est ainsi que se finit notre été en Corse à bord de notre petit voilier.
L’été en voilier en Corse ça fait rêver. On espère que notre retour d’expérience vous aidera à préparer votre croisière. Vous pouvez aussi allé voir notre chaîne Youtube “Positive Dreams“, vous y trouverez moins 7 vidéos sur la Corse dans la saison 1.
Nous avons adoré sillonner la Corse à bord de Lady M, notre petit mais vaillant voilier. C’était notre premier été sur l’eau, et malgré le monde, nous avons adoré. Si vous avez aimé nous lire, vous aimerez surement notre livre “Apprentis navigateurs depuis un an” qui raconte notre première année sur l’eau. Il y a aussi toute une partie où l’on partage nos meilleures astuces du bord. Il est disponible sur Amazon.

