Collision de nuit avec un bateau en acier – Voilier Lady M

Première traversée de nuit : c’est le drame...

Dans la nuit du 4 au 5 juin 2021, nous avons eu une mésaventure avec notre voilier : une collision avec un bateau en acier de 30 mètres.

Le but : apprendre à faire une traversée de nuit

Ça faisait 6 mois que l’on avait acheté Lady M IV, un voilier en acier et plus particulièrement un spy Veline 2 de plan Guy Saillard le sister-ship de Yves Pestel (L’auberge des 3 caps).

Après avoir vadrouillé depuis le 01 avril 2021 entre Cannes et Marseille en l’espace de 2 mois, après avoir essuyé des mouillages assez « compliqués », nous étions arrivés remplis de souvenirs et d’expériences à Marseille notre lieu d’arrivé. L’idée était de prendre 2 mois pour apprendre à naviguer, à mouiller, à connaître la météo, bref apprendre la vie en mer !

C’était chose réussie.

La prochaine étape était de partir en Corse, nous décidons donc, pour s’entrainer à faire une traversée de nuit, de partir d’un mouillage de Cassis pour rejoindre les îles de Lérins, une navigation d’environ 80 Miles, la même distance que îles de Lérins – Corse.

Le début de la navigation est agité avec le vent et la mer de face, on essaie de tirer des bords mais on se résout à mettre le moteur afin d’avancer un peu. Tout se passe bien et la nuit se couche lorsqu’on arrive sur le Cap Sicié.

On passe la rade de Toulon, toujours au moteur et le vent faiblit, la mer devient calme. Le lendemain, le vent nous poussera jusqu’à notre destination.

Pendant que Justine dort, je prends mon quart et passe dans la petite passe de Porquerolles. Il y a beaucoup de lumières de tous les côtés qui éblouissent, mais tout se passe bien, il faut être attentif aux bouées de pêcheur, aux bouées cardinales…

Passé ce moment « difficile », Justine revient et prend la veille, je décide de « déstresser » un peu et me met dans la cabine avant, histoire de me reposer véritablement.

Un bateau file droit sur nous sur notre babord

Je somnole à moitié et j’entends un bruit un peu spécial, comme souvent avec le moteur, c’est un peu de la parano. J’entends dans un bruit lointain « Antoine, il y a un bateau, je ne sais pas quoi faire ».

Je me lève vite et là je vois des feux, rivés vers nous. Dans mes souvenirs on voyait son feu vert, je prends une seconde de réflexion et dit « babord toute, et surtout ne lâche rien ».

Chose dite, chose faîte.

Le bateau est à quelques mètres de nous et file à grande allure, une dizaine de noeuds à l’estime. Nous avions baissé le régime moteur et n’allions qu’à 3 noeuds.

Lady M fait presque un demi tour. Le bateau en acier, très bas sur l’eau avec une cabine à l’arrière et tout son avant à ras de l’eau ressemble à un chalutier mais nous ne parviendrons pas à l’identifier. Au même moment, le bateau semble prendre la décision d’aller à tribord et fonce donc droit vers nous mais il ne tourne pas bien vite.

Une à deux secondes plus tard on entend un bruit sourd de métal contre métal.

Le bateau se trouve sur notre tribord. Justine à la barre ne lâche rien et continue à tourner.

Ça y est on est en pleine collision, l’avant de notre bateau tribord est lancé sur l’avant bâbord du gros bateau de 30 mètres bien bas sur l’eau. Le bruit est violent et la secousse aussi. Nos deux bordés sont ensuite collés pendant quelques secondes et frottent l’une contre l’autre. Puis il s’en va à tribord et nous à babord. La collision est finie.

On constate les dégâts pendant que le bateau s’en va

Choqué on s’arrête une seconde. On l’entend dire d’une voix amicale : « Eh les copains, privilège ! « 

On ne répond pas.

Je file voir à l’intérieur si on ne prend pas l’eau : ça n’a pas l’air. Ça me rassure.

Je file ensuite à l’avant du bateau et je vois avec horreur que l’étai de devant a décroché. Dans ma tête, je m’imagine déjà que le mat va tomber. Je prends ce que je trouve pour l’accrocher : des bouts, des sangles, des élastiques, c’est une réparation de fortune.

5 minutes après, nous ne voyons plus l’autre bateau. Il est parti.

Justine vient m’aider pour les réparations, elle guettait qu’il n’y ait pas d’autres bateaux qui arrivent. On fait un bilan des dégâts : notre bout dehors s’est fait plié mais notre mat tient toujours et surtout, on ne prend pas l’eau. Tout va bien.

On appelle le Cross Med et on cap sur un port

On appelle le canal 16 à la VHF (que Stéphane nous avait gentillement donné) : « Panne panne 3 fois, pour collision d’un voilier avec un autre bateau ». Ils nous répondent, demandent si nous avons besoin d’assistance.

Nous disons que nous allons nous débrouiller. L’autre bateau, semble t-il, était en train de faire demi tour. Mais nous ne l’avons pas vu. Le Cross-Med est très gentil et nous dit de les rappeler lorsqu’on aura rattaché un port.

Nous décidons d’aller au port de Hyères à environ 1h de notre route. Nous pensons que pour réparer et sortir le bateau de l’eau ce serait plus commode qu’au port de Porquerolles.

1 heure de navigation plus tard sur une mer très calme nous arrivons de nuit au port de Hyères à environ 4 heures du matin. Nous appelons 4 à 5 fois le port sur la VHF, sans réponse. Nous nous ammarons tranquillement sur le quai visiteur.

Trop d’émotions pour dormir. On commence à dévisser le bout dehors et à constater les dégâts : le davier est plié, notre ancre s’est fait tordre en deux (il faut y aller pour plier une ancre en acier de 16kg), il y a des dégâts sur notre flan tribord, le balcon avant est tordu.

Après avoir tout démonté, le jour se lève, nous décidons d’aller nous reposer.

Deux heures plus tard, à 08heures du matin nous nous levons, c’est samedi matin, il fait beau, il y a de la vie sur le port. Le vent d’Ouest va se lever à 12h et nous ne voulons pas être en mer à ce moment.

On réfléchit à ce qu’on pourrait faire. Le port de Hyères ne nous inspire pas. Il nous avait déjà refusé par un gros coup de vent en mai alors qu’il ne devait pas y avoir grand monde. Si on doit rester bloquer des mois au chantier, mieux vaut être au bon endroit.

On se souvient du port du Lavandou, on y avait passé quelques nuits en Avril et nous avions adoré. Le chantier a bonne réputation et il y a un soudeur qui a construit des bateaux en acier.

On change de port

A 09h nous larguons les amarres avec notre bateau tordu et prenons la mer direction le Lavandou, environ 3 heures de navigation à bas régime moteur.

Il fait beau, il n’y a pas de nuages, la mer est calme.

Afin de redonner confiance à Justine, je lui demande si je peux aller me reposer pour qu’elle fasse la veille. Elle accepte et est sur le pont avec une attention militaire. Si il y a le moindre soucis, elle me réveille.

Je n’arrive pas vraiment à dormir mais je me repose.

Vers 12h, nous arrivons au port du Lavandou, place à la rémission de Lady M.

Pour un entrainement, au lieu de dire que c’est loupé, on va dire que c’était formateur !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *